Jn 3,14-21
B - 4e dimanche du Carême
(Traduction officielle de la Liturgie)
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Entretien avec Nicodème sur la vie nouvelle et le jugement.
"De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.
Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique: ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le jugement, le voici: quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière: il ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne lui soient reprochées; mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses oeuvres soient reconnues comme des oeuvres de Dieu."
Homélie
Avoir confiance...
1. Dans notre société, ce qui nous impressionne positivement, c’est l’évolution, l’amélioration de la science médicale. La médecine sauve bien des vies, de nos jours, surtout par les greffes: greffes de reins, de poumons, de coeurs. Les donneurs d’organes se font de plus en plus nombreux et généreux. Peut- être pas suffisamment à notre avis. Nous constatons par ailleurs beaucoup d’amélioration. Il faut nous ré jouir de tout cela et espérer de plus en plus.
Un slogan se répand: avoir confiance en soi et confiance dans les autres.
On ne peut mettre de côté de telles affirmations; elles représentent l’évolution positive de la société. La vérité a plusieurs facettes.
Un chrétien, (une chrétienne) se doit de respecter et d’admirer au plus haut point la science médicale, en tant que telle, cette réalité qui existe, sans tout de suite tout relier à Dieu: le sigle de la science médicale ne rappelle-t-il pas le serpent de bronze élevé au désert, comme signe de salut et de vie! C’est très important de le faire de cette manière, pour que les chercheurs se sentent appuyés entièrement dans leurs recherches, pour que les espoirs humains soient soutenus, pour que la personne humaine soit valorisée en elle-même. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut personnellement subir tous les examens et recevoir tous les soins exceptionnels. La dignité de la personne demeure la dernière réponse.
2. Dans une deuxième étape seulement, le chrétien et la chrétienne reconnaissent que tout est don de Dieu, salut de Dieu.
Non seulement la science médicale sauve les personnes de nos jours, elle est assistée de tout un lot de personnes qui aident et sauvent les autres (physiquement et moralement).
On raconte l’histoire d’une femme qui a lutté pour arracher son grand fils de l’enfer de la dépendance. Rien de spectaculaire comme geste. Non. Une présence, une main de tendresse, un regard compatissant, quelques démarches courageuses et surtout un amour inconditionnel et un refus absolu de juger. Avec ses simples armes, une mère a bel et bien sauvé son enfant d’une mort prématurée et certaine.
"J’en suis rendu au bout de mon rouleau. Tout à coup quelqu’un vient me demander de l’aide. Celui qui se fait aider devient à son tour mon sauveur. Il redonne sens à ma vie, à moi qui me trouvais inutile, désespéré." Plusieurs ont déjà expérimenté une telle situation...
3. Sont sauveurs, non seulement la science médicale, non seulement les personnes qui tendent la main secourable, mais surtout et, par-dessus tout, Jésus, qui sauve.
Jésus apporte le salut, la vie en abondance.
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Réflexions (extraites de « Aux fenêtres de l'espérance » de Mgr Tonino Bello, ancien évêque italien - 1935-1993)
La signalisation du Calvaire
C'est en cortège que l'on se rend au Golgotha, comme l'a fait Jésus.
Sur les grandes artères, en plus des flèches gigantesques placées aux croisements, il s'en trouve de temps en temps d'autres, de petites dimensions, qui indiquent des embranchements secondaires.
Mais pour nous, qui courons distraitement dans les couloirs prioritaires d'un christianisme qui n'est que trop accommodant et trop peu cohérent, quelles sont donc les flèches qui nous invitent sur la route à ralentir notre course, afin de nous engager sur l'unique voie crédible, celle qui conduit sur la cime du Golgotha?
Je vous en indiquerai trois. Mais il faut être très attentifs, car elles se voient à peine.
La flèche de l'accueil. C'est une déviation difficile à prendre, qui demande une grande habileté de manoeuvres, mais qui va droit au coeur du Crucifié. Accueillir le frère comme un don. Et non comme un rival. Un prétentieux qui veut passer avant moi. Un concurrent possible qu'il faut bien avoir à l'oeil pour l'empêcher de me couper l'herbe sous les pieds.
Accueillir le frère avec tous ses bagages, y compris celui qui est le plus dur à faire passer à la douane de notre égoïsme: sa carte d'identité! Oui.
Car il n'est pas très difficile d'accepter un prochain sans nom, sans contexte, sans physionomie particulière. Mais cela demande un grand effort que d'accepter celui qui est inscrit au registre de l'état civil de mon quartier ou qui habite dans la maison d'en face.
Courage! Le christianisme est la religion des noms propres, non pas des essences. Des visages concrets, non des ectoplasmes. Du prochain en chair et en os auquel se confronter, et non pas des abstractions volontaristes dans lesquelles se prélasser.
La flèche de la réconciliation. Elle nous indique le passage supérieur sur lequel nos ennemis sont en train de faire de l'auto-stop. Et nous devons absolument freiner. Pour inviter à monter le frère que nous avons banni de nos affections. Pour serrer la main de ceux avec qui nous avons rompu le dialogue. Pour aider le prochain avec lequel nous avions décidé catégoriquement de classer tout type de rapports.
C'est sur la rampe du pardon que l'on vérifie le moteur et la carrosserie de notre existence chrétienne. C'est sur cet escarpement que nous sommes appelés à vaincre notre penchant à l'égoïsme et à mesurer notre fidélité au mystère de la croix.
La flèche de la communion. C'est en cortège que l'on se rend au Golgotha, comme l'a fait Jésus. Non pas tout seul. En priant, en luttant, en souffrant avec les autres. Non pas en effectuant des ascensions solitaires, mais en faisant cause commune avec les autres qui, justement pour avancer ensemble, se donnent des normes, des projets, des règles précises, auxquels tout le monde doit se soumettre. Sinon, quelque chose se rompt. Et ce n'est pas le cristal d'une vertu qui peut, à la limite, se recomposer grâce au sacrement de la réconciliation. Mais le tissu d'une communion qui, une fois déchiré, demandera du temps avant d'être à nouveau patiemment recousu.
Que le Seigneur nous accorde la grâce de discerner, au moment juste, sur le boulevard extérieur du Calvaire, les flèches qui signalent le parcours du Chemin de croix. Qui est l'unique parcours de salut.
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Histoire vraie ( extraite de « Ils revinrent tout joyeux » de Thomas Brenti, éd. Béatitudes 2010)
La seconde du salut
Un jour d'été, il y a plusieurs années, à trois heures et demie de
l'après-midi, Ana sortit de sa maison pour rendre visite à Rosa, une vieille
amie, aveugle et paralysée. Elle lui avait promis au téléphone, d'aller la voir
à Noël.
Ce même après-midi, peu après cinq heures, je me trouve au croisement de la Rue
de la Constitution et de l'Avenue Mendoza, à Montevideo (en Uruguay, Noël est en
été). Je vais animer un moment de prière, à six heures, près de la place de la «
Republica ». En d'autres termes, je dois traverser toute la ville. Je monte dans
la voiture pour un trajet d'environ trois quarts d'heure à travers les petites
rues de la ville que je pense bien connaître.
À cause de la chaleur, les personnes âgées ne sortaient normalement pas de chez
elles. Mais Ana a décidé de faire l'effort et a pris le bus de l'avenue « Ocho
de Octubre ». Depuis qu'elle avait fait la connaissance de Rosa au club du
troisième âge, elle était devenue son amie. Elles jouaient aux cartes, faisaient
de la couture, parlaient de mille et mille choses, se racontaient leurs petites
histoires... Rosa aimait bien Ana, qui, à soixante-six ans - beaucoup moins
qu'elle - ne se se fatiguait jamais de rendre service, de ranger sa maison et,
surtout, de passer du temps avec elle.
De nos jours avec le GPS, on arrive (presque) toujours à destination par le
chemin le plus rapide. Mais à ce moment-là, il n'avait pas encore été inventé.
Je reconnais assez bien ma route jusqu'à ce que je tombe sur une déviation.
Route barrée. Je commence alors à faire des tours et des tours sans savoir où je
suis.
Ana resta avec Rosa pratiquement deux heures. Elle lui donna des nouvelles de sa
famille, de sa plus jeune fille, qui était encore à la maison, de ses
petits-enfants... un vrai régal pour Rosa. Elles parlèrent du temps, de leur
santé, du futur, des choses des hommes et des choses de Dieu. Rosa était
vraiment contente de la visite. « Allez, à bientôt, bon retour, merci beaucoup!
» Ana se dirigea vers l'arrêt de bus pour rentrer chez elle.
J'arrive enfin dans la rue que je recherchais. J'en ai vraiment assez, il est
six heures et quart et je suis déjà en retard. Je m'arrête au croisement,
regarde à gauche, à droite, à... Non, attention, la dame! Une dame dans sa
soixantaine se fait renverser par le bus, juste devant moi.
C'était Ana. Je sors de la voiture et j'accours. À genoux dans la rue, je lui
donne l'absolution. Je la voix faire un tout petit mouvement que les autres
passants, un peu plus loin que moi, horrifiés et sûrs qu'elle est déjà morte, ne
perçoivent pas.
Alors je me rends compte que tout mon retard - la route barrée, les ruelles
inconnues - a été prévu par la Providence: pas une minute de plus. Il me fallait
être là à cette seconde précise.
Quelques jours plus tard, je pus voir sa fille et elle me le redit. Je sus
qu'Ana demandait souvent à Dieu de ne pas souffrir au moment de sa mort parce
qu'elle ne voulait pas faire souffrir ses proches. Elle allait souvent prier à
la grotte de Lourdes reproduite dans sa paroisse pour demander à la Vierge: «
Prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. »
Père J.F.
Uruguay (Montevideo), Prélature de l'Opus Dei