Jn 20,19-31

A.B.C. 2e dimanche de Pâques

(Traduction officielle de la Liturgie)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Double apparition aux disciples: don de l’Esprit et confession de foi de Thomas. Conclusion: le but de l’Évangile.

C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit: "La paix soit avec vous!" Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau: "La paix soit avec vous! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie." Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit: "Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus."

Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie: "Jumeau") n’était pas avec eux, quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient: "Nous avons vu le Seigneur!" Mais il leur déclara: "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n’y croirai pas."

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit: "La paix soit avec vous!" Puis il dit à Thomas: "Avance ton doigt ici, et vois mes mains: avance ta main, et mets-la dans mon côté: cesse d’être incrédule, sois croyant." Thomas lui dit alors: "Mon Seigneur et mon Dieu!" Jésus lui dit: "Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu."

Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

Homélie

Recevoir la confiance des autres, pour croire...

1. Croire, c’est d’abord croire en soi, en ses capacités. Avoir confiance en soi devient possible, lorsque quelqu’un a confiance ‘en nous’.

Si un conjoint a confiance en sa conjointe, celle-ci prend davantage confiance en elle-même; et c’est vrai pour le conjoint aussi, lorsque sa conjointe se fie sur son conjoint. Ce qui vaut pour les enfants envers leurs parents; et pour les parents à l’égard de leurs enfants.

Faire confiance en quelqu’un, c’est la plus grande marque d’amitié, et c’est le signe qu’on croit dans les valeurs fondamentales de l’humanité.

2. La foi en soi et en l’autre n’atteint pas nécessairement la foi en Dieu, bien qu’elle dispose quelqu’un à la confiance dans une attitude positive.

Si certaines personnes cherchent des signes pour appuyer leur foi, c’est en raison de leur besoin d’être rassurées. Elles font fausse route les personnes qui sont en quête de signes pour augmenter leur foi ou pour l’avoir tout simplement.

3. Dans notre foi, nous avons besoin du soutien de la communauté (comme signe pour notre foi), à l’exemple de l’apôtre Thomas, pour la rencontre du Ressuscité.

Les gens convaincus dans leur foi ont pour rôle de revitaliser la communauté, pour qu’elle devienne un lieu réel de cheminement de la foi, par la parole et le pain partagés, la fraternité en action.

"Et pourtant, j’y pense... J’ai vu des hommes... J’ai vu des femmes; j’ai vu des jeunes et des enfants, des chrétiens, des vrais. Pas très nombreux, bien sûr, mais j’en ai vus... J’ai vu des yeux, qui s ’ouvraient à la lumière, et qui dans le quotidien de leur vie, lisaient ta présence émerveillé e! Des hommes sans espoir reprenaient goût à la vie... Des hommes qui semblaient aux yeux des autres inutiles, pas efficaces, des hommes qu’il fallait traîner, des hommes qui n’étaient plus des hommes ont surgi de la terre, et se sont remis à vivre. Tout cela, je l’ai vu. Mais le voyant, n’est-ce-pas toi, Seigneur, que j’ai vu? N’est-ce pas toi que j’ai touché? C’est vrai, je le sais, je l’ai vu, je le crois. Mon Sauveur est vivant. Mon Seigneur et mon Dieu." (Jacques Grand’Maison).

Histoire (blague) :

saint Thomas et Jésus : la résurrection :saint Thomas vient de mourir, et déjà il se réjouit de rencontrer Jésus au Paradis. Pourtant, il a encore des doutes et c'est tout naturellement qu'il demande à Jésus de prouver qu'il est bien le Jésus qu'il avait connu sur terre. Jésus, conciliant, lui demande ce qui lui ferait plaisir comme preuve. saint Thomas lui répond:- Tu n'as qu'à reproduire les miracles que tu avais accomplis sur terre. Tu te souviens, à Cana, ton premier miracle, quand tu as changé l'eau en vin?Alors Jésus emmène Thomas près d'une fontaine et HOP, l'eau de la fontaine est transformée en Château Margaux 82. Saint Thomas lui demande de poursuivre les démonstrations:- Maintenant, j'aimerai que tu me refasses la pêche miraculeuse Alors ils s'en retournent à la Mer Morte. Naturellement, ils prennent un bateau et HOP le bateau se remplit de poissons comme par enchantement (ou miracle, sic). Mais ! Thomas demande encore une preuve:- S'il te plaît, marche sur l'eau et je ne t'embêterai plus. Alors Jésus qui était encore sur le bateau saute à la mer et... disparaît sous l'eau! Un peu plus tard, il remonte à la surface et dit:- Désolé Thomas, ça ne marche pas, j'ai oublié qu'ils m'avaient percé les pieds!

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Histoire (extraite de « Paraboles d'un curé de campagne » de Pierre Trevet, no 20, p. 41)

Il était une fois un religieux - un saint - en son monastère. Depuis quelque temps, ce moine très pieux était en proie à un méchant doute. Il ne parvenait plus à croire qu'au paradis il pourrait être heureux pour l'éternité. L'éternité, paraît-il, c'est long... surtout vers la fin, et le pauvre moine en était venu à craindre qu'on finisse par s'y ennuyer, faute sans doute de pouvoir varier les plaisirs et les joies. Or, un jour qu'il s'était aventuré dans la forêt pour y cueillir des champignons, il a soudain l'oreille attirée par un chant d'oiseau tellement mélodieux que son coeur en est tout rempli de joie. Le bon moine, les mains sur les hanches et les yeux levés, s'attarde quelques minutes à écouter l'oiseau musicien. Puis, quand celui-ci s'est envolé, il regagne le monastère. Mais là, quelques surprises l'attendent: le jardin n'est plus à la même place, un nouveau corps de bâtiments prolonge l'ancien moutier, et les moines qui déambulent dans le cloître portent un habit différent du sien. Pis, quand il se nomme, priant qu'on lui ouvre, le frère portier, un inconnu, le regarde d'un air soupçonneux, affirmant qu'il n'existe aucun frère de ce nom dans le monastère. Devant le trouble et les protestations du pauvre moine, on fait appeler le Père abbé. Celui-ci, un érudit, reconnaît dans la bure du visiteur un habit porté autrefois par les moines de l'Ordre, et il se souvient avoir lu dans les archives du couvent que deux cents ans auparavant, un moine de ce nom, parti dans la forêt à la cueillette des champignons n'avait jamais reparu... Le saint moine comprit très bien ce qui lui é tait arrivé et en saisit toute la leçon: le monde de la résurrection est en dehors de nos catégories d'espace et de temps. Il mourut dès le lendemain et partit pour le paradis, le coeur apaisé.

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Histoire (extraite de « Paraboles d'un curé de campagne » de Pierre Trevet, tome II, p. 78)

 

Le cardinal Carlo Maria Martini (dans son livre Et Moi, Je suis avec vous) raconte une vieille histoire qui l'avait beaucoup touché; il l'avait découverte en faisant des études en langue copte, parlée dans l'ancienne Égypte, et que l'on étudie au Biblicum (Institut biblique pontifical, à Rome) pour approfondir la connaissance du Nouveau Testament. On a conservé dans cette langue de très belles anecdotes des premiers Pères du désert, qui savaient raconter en quelques mots des situations humaines profondes. Dans cet épisode, on dit qu'un jeune chrétien alla voir un de ces Pères du désert et lui dit: « Père, toi qui as une si grande expérience, explique-nous pourquoi tant de jeunes moines viennent dans le désert, mais ensuite, pourquoi tant d'entre eux repartent; comment se fait-il que si peu persévèrent? » Alors le vieux moine répondit: « Voyez-vous, il en va comme d'un chien qui court après un lièvre, en aboyant. Beaucoup de chiens, l'entendant aboyer et le voyant courir, le suivent. Or, un seul voit le lièvre; très vite, tous ceux qui courent uniquement parce que le premier court, s'essoufflent et s'arrêtent. Seul celui qui a le lièvre devant les yeux continue jusqu'à ce qu'il le rejoigne. »En un mot, le vieux moine dit que seul celui qui a vraiment mis les yeux sur le Seigneur crucifié sait vraiment qui il suit, et il sait que ça vaut la peine de le suivre.« Ne désertez pas votre propre assemblée, comme quelques-uns ont coutume de le faire, mais encouragez-vous mutuellement » (He 10,25).

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Réflexion (extraite de « Aux fenêtres de l'espérance » de Mgr Tonino Bello, ancien évêque italien 1935-1993)

 

Pâques, terre de paix

 

Toute autre orientation qui ne serait pas celle de la paix te rejetterait au milieu des joncs du Nil, sous l'oppression des pharaons!

 

Il ne m'est pas difficile ce matin de vous adresser mes voeux. Il suffit que je les exprime avec les mêmes accents que ceux qu'a employées Jésus, apparaissant aux disciples apeurés, le soir de Pâques: « La paix soit avec vous. »

Il n'est pas superflu de rappeler que ce sont les toutes premières paroles du Ressuscité prononcées devant la communauté. Et si l'on conserve les dernières paroles d'un mourant avec la vénération que l'on a pour des reliques, on doit écouter les premières paroles d'un Ressuscité avec toute l'attention que l'on porte aux déclarations de programmes.

Église de Dieu, du jour de Pâques, voilà donc ton projet politique.

Voici ta ligne diplomatique.

Voici ton adresse administrative.

La paix. Non pas tes dispositions au « pacifisme ». Non pas l'approbation des puissants qui seraient disposés à payer la moitié du prix provenant de la vente des armes afin d'acheter ton silence sur la guerre.

La paix, non l'accord de personnes toujours disposées à troquer leur liberté contre la nourriture venue d'Égypte.

Dorénavant, sur la rose des vents qui accompagne l'exode des peuples vers la Terre promise, l'aiguille magnétique de ta boussole sait quelle direction indiquer. Toute autre orientation qui ne serait pas celle de la paix, te rejetterait au milieu des joncs du Nil, parmi les roseaux des lacs Amers, sous l'oppression des pharaons.

Ne te décourage pas, Église de Dieu, même si le devoir que t'a confié le Ressuscité au soir de Pâques est difficile, demande une dose exceptionnelle d'espérance et t'expose constamment au risque de passer pour naïve, visionnaire, ou pour quelqu'un qui rêve les yeux ouverts.

Mais qui d'autre peut parler de paix avec la certitude qu'elle est possible, sinon toi, qui as l'avantage de puiser à pleines mains au fond de cette réserve utopique que t'a donnée le Seigneur?Qui d'autre peut dire que la paix n'est ni radotage ni délire, sinon toi, à qui le monde réserve aujourd'hui le même traitement que les disciples ont réservé le jour de Pâques aux femmes qui leur annonçaient avoir vu le Ressuscité? L'expression de Luc est très forte: À leurs yeux, ces paroles semblèrent un délire et ils ne croyaient pas ces femmes (24,11).

Voilà: tu payes aujourd'hui pour le vieux péché commis à Pâques. Le péché d'incrédulité. Tu disais alors que la Résurrection était un « délire » de femmes fragiles. Aujourd'hui, le monde te le revaut bien, disant que la paix est le « délire » d'une Église fragile. Tu as été incrédule devant la foi des femmes. Aujourd'hui, le monde est sceptique devant ton espérance.

Pourtant, maintenant que le Seigneur fait irruption dans ton cénacle et fait coïncider la lumière de la Résurrection avec l'annonce de la paix, ta foi dans la Résurrection doit nécessairement s'identifier avec ton espérance de paix. Tu ne peux pas allumer l'image et éteindre le son. Tu ne peux croire à la lumière sans croire à la voix. Tu ne peux accueillir seulement la vision et reléguer la paix au rang des affabulations.

Église de Dieu, fille aînée de la Pâque du Christ, douce berge pour qui cherche la paix, n'aie pas peur de certaines «divagations ». Si la Résurrection de Jésus est pour toi un objet de foi inébranlable, la paix doit être ton espérance impérissable.Et si tu trouves en l'une tes uniques raisons de vivre, tu dois trouver en l'autre tes uniques raisons non seulement de vivre mais aussi de mourir.

 

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Réflexions (extraites de « Croire ou ne pas croire » divers témoignages sous la direction de Bertrand Révillion, Paris Bayard 2003)

Interview du Père Phillippe Maillard, o.p.

- Regarder un visage, c'est lui ouvrir le chemin de la résurrection?

- Oui. Ce qui donne de ressusciter, c'est une certaine manière d'être regardé. Le Christ a certainement beaucoup parlé par son regard. Le regard qu'il porte sur moi, sur vous, sur nous tous permet de réactualiser ce qu'il y a de meilleur en nous. J'ai été tant de fois le témoin de ces résurrections qui, en apparence, en fonction de l'histoire personnelle des individus, semblaient totalement impossibles... Mais des résurrections toujours menacées, toujours fragiles... Ce qui m'émeut dans le mystère du Vendredi saint, c'est que le Christ a voulu partager avec nous cette fragilité, il a voulu partager avec l'homme l'extrémité de la souffrance, de l'humiliation et de la déchéance. Et c'est ce partage qui lui permet de nous pardonner. L'Écriture nous annonce que le Christ reviendra à la fin des temps pour nous juger. Et ce « juge », c'est Celui qui aura accepté de partager la condition des victimes. Formidable bonne nouvelle de l'Évangile!

- Dieu se laisse blesser par amour de l'homme.

- Oui, car c'est la seule voie possible qu'il a trouvée pour rejoindre notre propre blessure. La vraie puissance de Dieu est dans cette blessure acceptée, vécue jusqu'au bout, par amour.

- La résurrection?

- Ce qui se passera après la mort ne m'intéresse pas beaucoup. Ce qui importe, c'est l'extraordinaire densité que la Résurrection donne aujourd'hui à notre vie. La vie éternelle, je ne sais pas à quoi elle ressemble. Ce que je sais, c'est que je suis appelé à vivre dès maintenant quelque chose de l'éternité, c'est-à-dire quelque chose de ce qui ne peut pas mourir. Et seul l'amour est éternel.

 

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Réflexion (extraite de « Croire ou ne pas croire » témoignages recueillis par Bertrand Révillion, Paris Bayard 2003)

témoignage de Yves Duteil

- Avez-vous reçu une éducation religieuse?

- Pas vraiment. Je suis issu d'une famille juive non pratiquante. Si mes parents m'ont fait baptiser, c'est sans doute par volonté de me protéger après tout ce que les Juifs avaient subi pendant la guerre et l'Occupation. Mais j'ai grandi sans référence, ni au judaïsme, ni au catholicisme. Longtemps, je me suis senti agnostique, c'est-à-dire incapable de trancher la question de savoir si Dieu existe ou non...

- Et aujourd'hui?

- La vie m'a progressivement fait découvrir que je ne pouvais vivre sans une spiritualité. J'ai essayé d'explorer le christianisme mais aussi la philosophie bouddhiste. Et j'ai, peu à peu, pris conscience qu'il y avait beaucoup à recevoir en ce domaine. La nécessité de prier quelqu'un, de m'adresser à une entité supérieure, s'est imposée à moi.

- Ce « quelqu'un » auquel vous vous adressez, est-ce un être personnel, une personne?

- Oui. Je ne savais pas comment lui parler, alors j'ai pris ce qui existait, ces prières chrétiennes vaguement entendues pendant l'enfance. Il me fallait emprunter des mots usés par des heures, des générations, des siècles de prières, des mots polis comme les galets de la mer pour dire mon aspiration, ma peine, ma souffrance et la souffrance de celle que j'aimais. Je me sentais totalement impuissant face à la maladie de Noëlle. J'avais besoin d'agir et j'ai trouvé dans la prière une forme d'action.

- Avez-vous, par la prière, trouvé une « écoute »?

- J'ai trouvé une force. Je ne sais pas si j'ai trouvé une écoute, je n'ai jamais eu formellement de réponse à mes questions. Mais prier m'a donné une force intérieure qui m'a enlevé un peu de mon impuissance. Je suis devenu acteur dans ce combat. J'ai pris conscience que j'avais un rôle à jouer. La maladie n'est pas une simple confrontation entre un médecin et le malade. C'est aussi une communion entre le malade et son entourage. La guérison ne se trouve pas uniquement dans les médicaments. Elle est aussi dans le regard de celles et ceux qui vous aiment et qui vous disent: « Vas-y: tu peux gagner la bataille! »

- Toujours dans la même chanson, vous éprouvez le désir de dire « merci »...

- Lorsque la guérison pointe à l'horizon, mon premier réflexe est, effectivement, de dire merci...

- Ce « merci », c'est à Dieu que vous l'avez adressé?

- Oui, incontestablement. À cet instant précis, j'ai découvert que j'étais beaucoup plus croyant que je ne le pensais. Aujourd'hui, je n'envisage plus le monde sans une présence bienveillante « au-dessus de nos têtes » et surtout en nous. Je crois pouvoir dire que je ne suis plus jamais seul. Désormais, je fais confiance à « quelqu'un », à une force mystérieuse. Lorsque je fais silence, il y a des choses qui montent en moi, qui font surface, qui me sont données et qui ne viennent pas que de moi.

 - Le silence est une nécessité pour vous?

- C'est la voie qui mène à l'unification intérieure, à la paix intérieure. Je suis persuadé que si les hommes devenaient davantage amis du silence, le monde irait mieux. Seule la paix intérieure de chacun peut mener à la paix du monde.

- Le christianisme est-il une source pour vous?

- J'ai la conviction qu'il n'y a pas de message plus fort, dans toute l'histoire de l'humanité, que celui du Christ. Un message qui « parle » encore à des millions de personnes, plus de deux mille ans après sa mort et malgré les trahisons de l'histoire. Preuve, à mes yeux, qu'il s'enracine dans une vérité très profonde.

- Ces dernières années, vous vous êtes, je crois, passionné pour le suaire de Turin?

Je suis effectivement fasciné par ce suaire dans lequel le corps du Christ aurait été enveloppé après sa mort et sur lequel son corps se serait « imprimé » comme sur un négatif photo. J'ai beaucoup lu sur le suaire de Turin. Je sais qu'il suscite, dans notre mentalité rationnelle et scientifique, beaucoup de polémiques. J'y vois personnellement une trace du mystère...

- Le suaire évoque aussi la Résurrection du Christ. Après la nuit de l'épreuve, ce mot de « résurrection » a-t-il pris un sens nouveau pour vous?

- Je ne peux vous qu'une chose: j'ai découvert que nous avions en nous une force incroyable, incommensurable qui ouvre les portes à notre renaissance. Je crois que cette force est à l'oeuvre dans l'univers. Je ne suis jamais aussi convaincu de son existence que lorsque je suis seul, en bateau, minuscule point sur l'océan, face à l'horizon immense. Je ne peux pas me résoudre à me dire que cette immensité autour de moi, mais aussi en moi, n'a pas de sens, n'est pas voulue, créée par une force bienveillante.

- S'il vous fallait dire ce que c'est pour vous le bonheur...

- Essayer de définir le bonheur, ce serait tenter de mettre la main dessus, de l'enfermer, de la posséder. Il faut en chercher la source en soi. Je crois que lorsque viendra le dernier souffle de notre vie, nous n'emporterons qu'une chose avec nous: nos instants de bonheur...

- Ces instants de bonheur, nous les emporterons « quelque part » ?

- Oui. Après cette vie, quelque chose continue. Un bonheur qui ne s'arrête pas. On appelle cela, je crois, l'éternité...

 

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  Réflexions (extraites de « Du pain pour la table » de l'abbé Jules Beaulac) 

Quel personnage sympathique que ce Thomas! Il nous ressemble tellement parfois! Voici un homme, un disciple de Jésus, un apôtre, un compagnon de route de longue date du Christ, un ami et un admirateur du Maître sûrement, et qui, subitement et obstinément, ne croit pas au témoignage de ses compagnons, apôtres comme lui, bref, ne croit pas que le Seigneur est ressuscité.

Comme la Lune, la foi subit parfois des éclipses, partielles ou totales. Mais, comme elle, après l'éclipse, elle est à nouveau illuminée par la gloire du Soleil. C'est, du moins, ce qui est arrivé à Thomas. Par la grâce du Seigneur!

... Elles sont rares sans doute les personnes qui, à un moment ou l'autre de leur vie et peut-être plusieurs fois même, n'ont pas vécu une éclipse de foi: « S'il fallait que ce ne soit pas vrai! S'il fallait que j'aie misé toute ma vie sur du faux, que j'aie visé à côté du vrai objectif de ma vie! Si tout cela n'était qu'une belle histoire! » Et alors notre foi se met à vaciller, elle entre en éclipse plus ou moins totale. C'est parfois une nuit teintée quand même de quelques étoiles, mais parfois aussi, c'est une nuit d'encre. Parfois nous vivons cette « épreuve » seuls, car c'est bien de cela qu'il s'agit. Mais souvent avec Dieu aussi que nous continuons à prier et vers qui nous crions au milieu de notre nuit. Parfois nous nous appuyons sur la foi des autres, nous « faisons du pouce sur leur foi », selon l'expression savoureuse du Puits de Jacob (organisme au secours de grands blessés de ce monde): nous en parlons à un ami, à un conseiller, nous nous réchauffons à la foi proclamée et priée en assemblée liturgique...

Il est heureux que Thomas soit passé dans la vie des apôtres et ait inspiré la plume de Jean. Nous lui ressemblons tellement parfois et nous avons tellement besoin des autres dans notre cheminement de foi. Il est heureux aussi que Jésus soit passé dans la vie de Thomas. Il a affermi sa foi et lui a donné une bonne dose d'amour qui lui a fait s'écrier: « Mon Seigneur et mon Dieu! » Nous aurons toujours besoin de Jésus pour nous soutenir et nous accompagner sur le chemin, parfois rude, de la foi...

Saint Thomas, apôtre et croyant, viens au secours de notre foi. Amen            

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Histoire vraie ( extraite de « lls revinrent tout joyeux » de Thomas Brenti, éd. Béatitudes 2010)

Beaucoup de nuits pour connaître la lumière

Catherine était une femme peintre, une artiste inspirée par la beauté grandiose des montagnes où elle habitait dans une ancienne ferme. Au coeur des paysages, la beauté des volumes et des couleurs inspirait constamment son art. Je savais par sa famille quand j'étais venu préparer un baptême, qu'elle avait aussi travaillé avec une ferveur particulière pour la petite église du village. Invité à la rencontrer, je me préparais avec émotion à découvrir cette riche personnalité dont je connaissais aussi la souffrance physique. Ses mains atteintes d'arthrose lui infligeaient un handicap précoce: je fus saisi, aussitôt arrivé, par le contraste entre ses mains déformées et ses oeuvres picturales pleines de grâce, partout exposées dans la maison.
Elle m'avait accueilli avec un grand sourire et la joie de pouvoir partager sa profonde passion avec un homme du sacré. Très vite notre conversation sur l'art, son langage et sa forme devint une discussion sérieuse où la question du mal surgit. Mal insidieux et provocateur, inattendu et fournisseur de désespoir. Bien sûr, sa blessure personnelle concernait en premier lieu sa propre expérience d'artiste condamnée à hypothéquer dans l'inconnu le chemin de sa recherche. Mais peu à peu, esquissant le tableau sombre de toutes les violences du monde, elle s'enferma dans une tristesse impénétrable face à laquelle je me sentais bien pauvre et plutôt désemparé.
Catherine portait en elle la figure tragique de notre humanité quand elle se replie dans les questions incontournables et épuisantes du mal. Le mystère douloureux était là dans cette maison; il s'exposait comme un paradoxe contenu dans chaque figure peinte où les couleurs et les formes lumineuses ne cessaient d'exprimer ces innombrables prières que les coeurs portent en eux jusqu'à la silencieuse élévation vers le Père. Je déchiffrais tout cela dans mon coeur de jeune prêtre, mais je restais confus et comme paralysé. J'étais partagé moi-même entre la lumière ambiguë des tableaux et la détresse angoissée de cette femme qui l'y avait inscrite. L'épreuve du silence se révèle rude à celui qui aimait prêcher la joie volubile dans l'enthousiasme des premières années du ministère.
Mais je comprenais.
C'est ainsi qu'il faut le silence où tout se dépouille pour que vienne la parole en sa véritable force.
Soudain, la Passion du Sauveur s'imposa fortement à moi, alors je dis simplement: « Il faut tellement de nuits pour connaître la plus fine des lumières! »
À ces mots que l'Évangile me suggérait, le visage de Catherine se transforma aussitôt pour devenir radieux...
Le plus étonnant, avec cela, furent ses larmes jaillies dans le même temps comme des perles de lumières. Sa face se couvrit d'une espérance qui sortait des ténèbres et, répétant à voix basse et lente une multitude de fois la parole que j'avais prononcé, ce fut comme si elle faisait chemin devant moi pour traverser une aube nouvelle.
Voilà le mystère de Pâques. Aux plus simples rencontres, dans le quotidien de nos vies, saisis par la force de la beauté et de la vérité de la vie, nous découvrons le message du Christ d'une façon toujours nouvelle et puissante. Je ne l'oublierai jamais.

Père R.C.
France, Diocèse de Grenoble