ITINÉRAIRES DE CROYANCE DE JEUNES AU QUÉBEC
Synthèse et orientations pour la pratique
Conclusions (extraits)

 

 

Ce qui n'engendre pas la foi
  ...Nous pouvons affirmer que l'encadrement religieux qu'ont connu plusieurs des personnes de plus de 25 ans (fréquentation régulière de la messe, présence aux grandes fêtes, inscription à l'enseignement religieux, préparation aux sacrements) ne suffit pas à donner une « échine » assez solide à la foi pour résister aux autres propositions du monde d'aujourd'hui. Cette foi de « pratiquants » ne résiste pas souvent à la traversée de l'adolescence.

Ce constat est particulièrement interpellant quand on pense aux efforts importants de certains groupes pour défendre l'enseignement religieux à l'école; quand on pense également aux énergies investies de façon si massive par les paroisses dans les démarches préparatoires aux sacrements. En effet, s'il y a un point que notre recherche met clairement en évidence, c'est que l'enseignement religieux à l'école ne forme pas des croyants et que les pratiques préparatoires aux sacrements n'ont franchement pas été, au cours des dernières années, source de rencontre du Christ:...

Ce constat représente aussi une véritable mise en garde pour les différents projets catéchétiques que les Églises du Québec mettent sur pied actuellement. Si, comme cela a été le cas pour la préparation aux sacrements, la catéchèse paroissiale est la transposition dans l'espace ecclésial de l'enseignement religieux dispensé à l'école, cet effort ne produira pas d'importants dividendes. Il faut absolument fonder les choses sur une autre base que sur la base scolaire.

De même, la proposition d'expériences pastorales qui restent sur le seuil d'une réflexion sur les valeurs peut donner du fruit auprès des adolescents, mais ces expériences ne parviennent pas à faire entrer dans le monde du Royaume. Si elles contribuent à l'épanouissement personnel et à l'éducation aux valeurs, elles ne sont pas évangélisatrices.

Enfin, ce qui est particulièrement efficace pour éloigner de la foi, surtout à l'adolescence mais aussi à l'âge de la jeunesse, c'est l'absence!

- Absence de réponse crédible aux questions de sens.

- Absence de témoins capables de présenter la vie chrétienne comme source de bonheur.

- Absence d'une intelligence de la foi qui soit capable de se confronter à la rationalité scientifique qui séduit les adolescents.

- Absence relative de mouvements ou de groupes d'adolescents chrétiens...(à part quelques exceptions)...

- Absence de la paroisse à partir de l'adolescence.

 

Ce qui peut engendrer la foi
La lecture de tous ces itinéraires nous a conduits à cibler principalement trois déterminants: des personnes signifiantes, des sociabilités (ou des formes de relations entre des personnes), des actions (ou activités). À la limite, on pourrait ajouter un quatrième déterminant: des espaces (ou des lieux). Nous conclurons en reprenant, pour chaque étape des parcours (enfance, adolescence et jeunesse), chacun des déterminants en tentant d'indiquer ce qui semble apte à structurer la foi chrétienne chez un individu.
 
Au moment de l'enfance
Un véritable effort d'éveil à la foi doit être poursuivi au moment de la première enfance. Un effort en ce sens ne peut pas être conduit sans un accompagnement simultané des jeunes adultes, car c'est aux familles principalement qu'il reviendra d'assurer cet éveil à la foi. Toutefois, les familles ne peuvent pas être laissées seules devant ce défi. Elles doivent être soutenues, mises en réseau, bénéficier de groupes d'entraide ou de « pairs aidants », il faut imaginer une forme de soutien aux familles plutôt que de planifier une éducation de la foi des enfants coupés de leur famille. Les personnes significatives seront donc d'abord des parents. Les sociabilités prendront souvent place ici dans un cadre familier (relations entre les parents et les enfants et groupes d'entraide de parents). Les actions seront spontanées, non programmées. L'espace privilégié sera celui de la famille.

Au moment de la deuxième enfance (l'école primaire), l'espace s'élargit petit à petit et d'autres personnes interviennent alors dans l'éducation des enfants. De plus, au cours de cette étape (qui compte six années), on passe de l'émerveillement à la curiosité, au questionnement et finalement à la réflexion. On peut alors élaborer, sur le plan local (souvent paroissial), un proposition catéchétique à la condition qu'elle ne soit pas calquée sur le modèle scolaire, autant dans ses formes que dans ses modes pédagogiques, son environnement et ses lieux. Elle doit aussi permettre une entrée dans l'expérience chrétienne dans toutes ses dimensions: intériorité, prière, vie liturgique, connaissance, éthique. En somme, elle doit favoriser la vie chrétienne dans sa totalité.

Ce qui est déjà déterminant, à l'étape de la deuxième enfance, c'est la possibilité de participer à une organisation (enfants de choeur, chorale, etc.). Les seules choses retenues comme ayant été significatives par les participants à la recherche sont ces activités où ils ont pu participer et n'ont pas été simplement objets de soins. Si, au cours de la petite enfance, les apprentissages se font par imitation, ici l'engagement devient une dimension nécessaire.

 
Au moment de l'adolescence
Au fur et à mesure que l'adolescent avance vers un engagement personnel, l'espace s'élargit. On dépasse le foyer familial, voir la paroisse ou la localité (on va souvent à l'école en dehors de sa localité ou de son quartier, les lieux de loisirs sont éclatés et les amis qu'on fréquente proviennent de lieux différents). La paroisse devient moins présente, mais elle peut encore faire partie de l'horizon si elle n'est pas fixée à un seul lieu et sait être mobile. Il faut donc proposer des lieux et des espaces adaptés aux adolescents. Quant aux sociabilités, elles sont plus égalitaires; et, s'il y a relation d'autorité, il s'agira davantage d'une autorité d'appel - fondée sur la crédibilité des témoins - que d'une autorité de fonction.

Les camps apparaissent comme des expériences signifiantes de première importance. Trois vecteurs importants y ont été relevés: l'activité (l'agir), la vie de groupe et le contact avec la nature.
Les mouvements apparaissent également comme des lieux importants, malgré les difficultés qu'ils connaissent dans leur forme actuelle. Il ne faut pas tenir compte simplement de la constance, de la régularité ou de la durée dans une expérience, mais prendre aussi en considération la continuité entre différents « points d'eau » ou « haltes » qui représentent autant de moments d'un parcours. Ces deux types d'expérience permettent à l'adolescent d'échapper aux pratiques de l'enfance.

L'éducation de la foi - qui là encore s'éloignera idéalement du modèle scolaire - ne doit pas à cet âge renoncer aux « savoirs », mais elle doit être en mesure d'accompagner une recherche: partir des questions véritables des adolescents  ( leur recherche de sens); élaborer une intelligence de la foi cohérente et crédible (un discours rationnel vigoureux) pour des adolescents qui remettent en question les certitudes acquises par tradition ou autorité (autorité de la Bible, de l'Église, des parents et des enseignants). Les adolescents confrontent, veulent se démarquer et construire leur propre sens. Ils deviennent de véritables interlocuteurs (plus que des gens sur qui on peut agir) ou de réels partenaires (agir avec). Cela signifie que la fréquentation des adultes n'est pas exclue, au contraire. Cette rencontre est toutefois exigeante. L'adulte doit être un témoin crédible et être en mesure de proposer une foi vigoureuse et intelligente. Autrement, les réponses aux questions seront exclusivement recherchées dans la science ou la philosophie. C'est à cette étape qu'un sujet autonome est en voie de s'affirmer. Sa croyance ne sera plus celle de sa tribu ou de son clan ( sa famille), ni celle proposée par les autorités. En revanche, elle risque d'être celle de son groupe (agrégats sociaux), ou celle qui domine dans son environnement, ou encore celle qui est promue par les médias qui présentent des propositions fortes, souvent perçues comme plus fortes et plus crédibles que les propositions religieuses. Dans l'univers en expansion de l'adolescent, la proposition chrétienne n'est pas la seule; elle est concurrencée par d'autres.

Les ritualités sont importantes et les symboliques aussi. La pratique, souvent plus personnelle et intériorisée, a besoin, pour être soutenue, de dépasser le conventionnel et a besoin d'expériences fortes. On doit donner accès à un imaginaire chrétien, celui du Royaume, qui présente des ruptures par rapport à l'imaginaire social courant.

 
Au moment de la jeunesse
Le développement de réseaux de jeunes, la constitution de groupes de jeunes et la possibilité d'être en contact avec une communauté de pairs (communautés nouvelles, communautés monastiques ou autres groupes communautaires) sont des données cardinales à cette étape. En plus des réseaux et des groupes, il faut à tout prix favoriser les rassemblements, des espaces de rencontre où l'on fait l'apprentissage, au contact des autres, d'une position chrétienne que l'on est prêt à adopter.

En matière de croyance, on évolue de plus en plus vers une adhésion personnelle, mais cette adhésion a encore besoin d'être validée et soutenue par les pairs et construite par la rencontre des autres.

L'univers des personnes signifiantes se dilate et l'espace social s'élargit de manière déterminante par une ouverture à l'international: rencontre de jeunes à l'étranger lors de grands rassemblements, expériences missionnaires, liens avec des jeunes de l'étranger, etc.

Prêter un soin particulier aux événements importants: préparation au mariage, préparation et célébration des baptêmes.